Très haut débit : quel scénario pour demain ?
Publié le 09 December 2008
Une nouvelle ère commence. Celle du Très Haut-Débit (THD) avec des vitesses allant de 50 à plus de 100 Mbps. Le haut débit n'est, en effet, plus suffisant pour les sociétés et les économies développées comme la nôtre. Et d'après l'étude réalisée par PMP (Performance Management Partner) pour l'ARF (Association des Régions de France), les premières offres très haut-débit proposées par les opérateurs vont avoir un effet « boule de neige » et susciter la création de nouveaux usages. Et là, on ne parle plus seulement de vidéo et de télévision, mais carrément de vidéo en 3D et de réalité virtuelle. Le THD est devenu nécessaire pour bon nombre d'entreprises qui interconnectent les systèmes informatiques de différents sites et qui souhaitent communiquer encore plus efficacement avec leurs clients et leurs partenaires.
S'il est certain que le THD améliorera la vie quotidienne des consommateurs, il devrait également stimuler l'économie. D'abord, parce que son déploiement exige des travaux de grande envergure, ensuite, parce qu'il va générer de nouveaux usages pour les entreprises de services en TIC. Les enjeux financiers liés au THD s'avèrent d'ailleurs largement supérieurs à ceux du Haut Débit actuel.
10 ans de retard sur le Japon
La France est pourtant en retard dans le domaine du THD. Très en retard même par rapport au Japon par exemple qui s'est déjà largement converti au THD en déployant un réseau FTTX (fibre optique jusqu'au domicile ou à l'immeuble) couvrant près de 90% de la population. D'autres pays, comme la Grèce, l'Irlande, l'Italie et la Finlande, affichent également leur motivation en lançant des politiques volontaristes dans ce domaine.
La France avance à petits pas
En France, le THD commence à peine à émerger et à entrer dans la conscience collective. Ainsi, la Loi pour la Modernisation de l'Economie du 4 août 2008 impose de pré-câbler en fibre optique toute nouvelle habitation à partir de 2011. C'est un premier pas en avant. Reste à savoir qui effectuera ces opérations ? Certainement pas France Télécom qui n'a aucun intérêt à déployer un réseau optique concurrent de son réseau téléphonique. Quant aux opérateurs privés, ils ne souhaitent s'occuper que des zones à forte densité de population.
Paris... et le reste de la France
Dans ces conditions, et sans une intervention publique d'envergure, seul 1 foyer français sur 3 sera équipés en FTTX en 2015. Et ce sont, évidemment, ceux qui disposent actuellement d'une liaison câblée qui seront les premiers équipés. L'Ile de France sera le principal bassin de foyers connectés en FTTX avec 75% de la population couverte. En dehors de ce périmètre, seulement 25 % des foyers seront couverts.
Le rôle actif des collectivités
Les collectivités doivent donc s'impliquer. Mais dans quelle mesure ? En posant des fourreaux lors de leurs travaux de voirie par exemple. Même si c'est insuffisant, il s'agit là d'une première réponse. Les collectivités devront pourtant jouer un rôle actif dans le déploiement de réseaux optiques FTTH (fibre optique jusqu'au domicile et à l'entreprise) ouverts aux opérateurs de façon neutre. Chaque collectivité doit donc étudier, dès à présent, les perspectives du THD sur son territoire et définir un plan d'action de son intervention.
Une facture de 40 milliards d'euros
Tout en sachant que ce déploiement coûtera très cher : environ 40 milliards d'euros. Comment financer ces projets de déploiement ? Avec les recettes issues des utilisateurs eux-mêmes, si plusieurs millions de foyers sont concernés par les projets de déploiement et si le coût moyen par ménage n'est pas excessif. Des recettes utilisateurs, auxquelles s'ajouteront les aides publiques d'environ 1 milliard d'euros pendant 10 ans. Ce qui permettrait d'amener le THD en FTTH à quasiment tous les français d'ici 10 ans. En attendant, bien entendu, le déploiement limité du réseau en fibre optique pour les zones de fortes densités permettrait d'améliorer les débits offerts par l'ADSL. Et pour les zones de plus faibles densités, d'autres technologies (DSL augmenté et radio) pourraient offrir un complément transitoire à moindre coût.
Trois scénarios possibles
Au final, plusieurs scénarios sont envisageables :
. soit le THD est considéré comme un luxe et l'Etat ne donne pas d'objectif de couverture. Alors, le FTTX couvrira à peine 60% de la population d'ici 2020 avec une forte disparité entre les régions.
. soit les collectivités font en fonction de leur motivation et de leurs moyens financiers. Certaines ne faisant rien, d'autres misant sur l'amélioration du DSL, d'autres encore investissant dans le FTTH. Alors, on peut considérer qu'à peine 50% de la population aura accès au FTTX en 2020 avec la même disparité que précédemment.
. soit les collectivités militent en faveur du FTTH avec l'aide de l'Etat et alors 90% de la population sera couverte en FTTX d'ici 2020.
Un programme de travail
Et pour ce scénario puisse réellement devenir réalité et que la France comble enfin son retard sur le Japon, l'étude propose un programme de travail en dix points clés :
- Obtenir de l'Etat des mécanismes juridiques et financiers de très long terme, optimisés pour réduire les coûts financiers
- Faire jouer la solidarité nationale dans le financement des déploiements, car les territoires français sont très inégaux devant le FTTH
- Faire davantage entendre les préoccupations d'aménagement du territoire auprès des autorités de régulation, notamment pour ce qui concerne l'accès aux infrastructures de l'opérateur historique et les règles de mutualisation des nouveaux réseaux
- Tirer tout le parti du dividende numérique pour couvrir rapidement les territoires les moins denses, car ils seront sans doute parmi les derniers couverts en FTTH
- Obtenir de l'Etat le droit d‘intervention d‘une collectivité en investisseur minoritaire, ce qui serait une possibilité d'intervention particulièrement intéressante pour les territoires denses et moyennement denses
- Entretenir le dialogue avec les opérateurs FTTH, leur proposer une charte « opérateur citoyen », pour éviter les micro-zones non couvertes dans leurs zones de déploiement
- Peser dans les débats sur l'accès aux réseaux par les services, et sur la juste rémunération des réseaux par les fournisseurs de contenus audiovisuels
- Faire ajuster les normes, conventions et règlements techniques concernant les déploiements FTTH
- Impliquer les gestionnaires de distribution d'électricité
- Renforcer les pratiques d'échange d'information entre collectivités vis-à-vis des grands groupes construisant et exploitant les réseaux d'initiative publique.
L'intégralité du rapport de l'étude sur la couverture très haut débit des territoires :
http://www.avicca.org/IMG/pdf/08_12_THD_RapportCouverture.pdf

