HP : l’éviction de Mark Hurd, une affaire à tirer au clair

Publié le 17 August 2010

Motifs injustifiés, indemnités démesurées… La démission forcée du PDG de Hewlett-Packard le 6 août dernier n’en finit pas de faire parler d’elle. Mais que s’est-il passé au juste ?

Pour résumer, Mark Hurd a été accusé de harcèlement sexuel par une ancienne prestataire du groupe, Jodie Fisher, dans une lettre de celle-ci datant du 29 juin dernier. La lettre accusatrice a donné lieu à une enquête interne tendant à mettre en évidence une relation personnelle mais pas sexuelle entre l’accusé et la plaignante, relation que Mark Hurd aurait dû révéler mais s’est, selon le Conseil d'Administration (CA), efforcé de dissimuler, notamment par le biais de fausses notes de frais. Alors qu’il progressait dans son enquête, le conseil d’administration s’est, à ses dires, vu couper l’herbe sous le pied par l’accord auquel Mark Hurd est parvenu avec Ms Fisher le 4 août dernier, conduisant celle-ci à l’absoudre dans une seconde lettre, sans en avertir le conseil. Ce serait pour cette raison, entre autres, que le CA aurait finalement décidé de laisser partir Mark Hurd. Ce que l’histoire n’explique pas vraiment, c’est le pourquoi de ses indemnités de départ, qui s’élèvent à plus de 40 millions de dollars selon des évaluations de la chaîne financière CNBC basées sur des sources proches du dossier.

Face à cette affaire plutôt opaque, le syndicat CFTC de HP France s’en mêle et demande, ce 16 août, davantage d’explications sur cette mystérieuse « démission » et ces abondantes indemnités.

Par ailleurs, comme le montre en détail un article de Ben Worthen et Joann S. Lublin dans le Wall Street Journal, l’histoire est bien différente selon les diverses sources. Selon une « personne qui connaît le point de vue de Hurd », en effet, d’après le journal, « pendant la période de plus de trois semaines précédant l’accord, HP avait à de nombreuses reprises ordonné aux avocats de Hurd de se mettre d’accord avec Ms Fisher avant la séance de médiation ». Selon cette même source, M. Hurd aurait de plus coopéré avec les enquêteurs avec bonne volonté, et c’est HP qui l’aurait empêché de s’adresser au CA et de répondre directement à ses questions.

S’il est généralement utile d’obtenir plusieurs sons de cloche, ici, la contradiction systématique entre les faits présentés par l’une et l’autre des parties ne permet pas aux personnes extérieures à l’affaire de se faire une idée du déroulement des événements. Il ne leur reste donc qu’à se forger leur opinion sur des bases hypothétiques. Tout comme Computer World, c’est ce qu’a fait Joe Nocera du New York Times, pour qui la « vraie raison de l’éviction du PDG de HP » n’est pas celle mise en avant par le CA. Selon lui, ce choix est la conséquence de l’absence de confiance de la direction et d’une longue insatisfaction des salariés de l’entreprise. Une théorie qui ne tient pas la route selon Chris O’Brien de SiliconBeat, aux yeux de qui cette thèse revient à attribuer une « conscience » à un conseil d’administration qui, soutenant la politique impitoyable mais efficace de licenciements massifs et d’acquisitions en série de Mark Hurd initiée par son prédécesseur Carly Fiorina, n’y trouvait manifestement jusqu'ici rien à redire et se souciait peu des états d’âme de son personnel, surtout au vu du succès commercial de cette stratégie.

Chris O’Brien conclut sa réfutation de la thèse de Nocera par « il semble toujours que l’on ne soit pas près de connaître la véritable histoire ». Affaire à suivre au prochain épisode, donc… s’il y en a un. 

En attendant, il faudra bien un successeur à Mark Hurd. Qui sont les candidats présumés


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