Un ordinateur à 35 dollars pour les élèves indiens ?
Publié le 26 July 2010
L’Inde a dévoilé jeudi dernier à New Delhi un prototype de tablette à écran tactile destinée aux écoliers et étudiants, rival du projet One Laptop Per Child (OLPC) et coûtant bien moins cher.
Cet ordinateur indien vise à améliorer l’éducation, en particulier les compétences techniques, des étudiants indiens, de manière à assurer la croissance économique du pays. Notamment doté d’un navigateur web, d'un lecteur média et d'une fonction permettant les vidéoconférences, ce modèle, qui a mis cinq ans à être développé par des étudiants et professeurs issus des universités techniques renommées du pays, a pour particularité de pouvoir fonctionner à l'énergie solaire, une fonction pour laquelle il faut payer un supplément selon l’agence Associated Press (AP).
CNet indique que la tablette, qui fonctionne sous Linux, ressemble à première vue à un iPad avec un écran tactile de 5 pouces sur 7 sur 9 et, en plus des fonctions déjà citées, comporte un lecteur de fichiers PDF et donne accès au Wi-Fi. Elle possède 2Go de mémoire RAM, mais pas de disque dur, possédant une carte mémoire à la place. Elle est en outre équipée de ports USB.
Le ministre des Ressources humaines et du Développement de l’Inde, Kapil Sibal, a lui-même présenté à l’Economic Times la tablette au nom encore inconnu comme la réponse du pays au fameux ordinateur portable du projet OLPC conçu par le Massachusetts Institute of Technology (MIT). La tablette indienne coûte en effet théoriquement 35 dollars seulement (soit 1500 roupies), contre 200 dollars pour le XO-1, le premier ordinateur conçu dans le cadre du projet OLPC, et 100 dollars pour le XO-3, planifié pour 2012.
Afin que les élèves puissent profiter de toutes les possibilités de l’appareil, l’Internet haut débit sera installé dans l'ensemble des 22 000 établissements supérieurs indiens, a rapporté Mamta Verma, une porte-parole du gouvernement interrogée par l'AFP. Précisons que 8 500 universités du pays disposent déjà d’une connectivité haut débit selon le ministère des Ressources humaines et du Développement, rapporte CNet, et quelque 500 cours sur le web et en vidéo sont disponibles au téléchargement sur YouTube ainsi que d’autres portails en ligne, et de nouveaux sont prévus.
La tablette devant dans l’idéal être accessible aux étudiants à partir de l'an prochain, elle doit être fabriquée à grande échelle, et des discussions sont en cours avec plusieurs groupes informatiques dans cette perspective. « Il s’agit seulement d’un prototype, a souligné l’expert en éducation Zubin Malhotra à Newsxlive. Il nous reste à trouver des gens capables de fabriquer ces appareils pour ce prix et de continuer à les développer par la suite ».
Kapil Sibal, a expliqué qu’il était prévu à terme que tous les élèves, de l'école primaire à l'université, bénéficient de cette machine. L'achat de l'ordinateur pourrait être financé par le gouvernement à hauteur de 50% selon M. Sibal, rapporte l’AFP. Le gouvernement espère que le prix de l’ordinateur va encore baisser, avec un coût de 20, voire de 10 dollars pour les composants. Par ailleurs, un système de dual marketing, procédé par lequel des prix élevés dans les pays développés compensent les bas prix des pays en développement, pourrait également être utilisé, rapporte Sarah Rotman Epps, analyste chez Forrester Research.
L’AFP précise que le taux d'alphabétisation de l’Inde, de 63%, est très inférieur à celui des autres pays émergents, tels que la Chine, dont le taux s’élève à 94%. Pour relever le nombre de personnes éduquées, l’Inde devra investir davantage en argent et en enseignants.
D’autres problèmes se posent cependant : « [Le matériel] est-il digne des étudiants ? est la question à se poser » selon Sarah Rotman Epps, analyste chez Forrester Research.
En outre, le Time of India soulève un certain nombre de questions : si petit semble le prix, sera-t-il accessible aux élèves indiens, sachant qu’un quart des 136 millions d’élèves d’école primaire sortent du cursus chaque année en raison de l’incapacité de leur famille à payer les frais de scolarité ? Le journal souligne de plus le cruel manque de confort des établissements scolaires, qui fait de l’informatique un élément superflu quand des classes meublées avec des tableaux noirs et des toilettes seraient prioritaires à ses yeux, sans parler du problème de l’absentéisme des enseignants. Le Time of India va plus loin en mettant en question la capacité du gouvernement à installer Internet partout dans le pays, sachant qu’un certain nombre de régions ne possèdent même pas l’électricité.
Crédit photo : Indian Express.com