Quelle solution face à la saturation des réseaux ?

Publié le 18 June 2010

Après deux mois à peine de mise en circulation, l’iPad compte pour 0,1 % du trafic Web total aux Etats-Unis, autant que l’ensemble des BlackBerry que commercialise RIM depuis plusieurs années. Déjà soulevé avec l’iPhone, le problème devient donc critique et pourrait mettre en danger le principe, attaqué par ailleurs, de la neutralité du Net. La secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet a indiqué en début de semaine que certains contenus ou services pourraient bénéficier d’une priorité sur Internet « dans des cas bien précis et sans remettre en cause le principe de l’égalité d’accès au réseau ». Une première entaille qui, de proche en proche, pourrait conduire à terme à une hiérarchisation des trafics.
 
Imaginions qu’un constructeur automobile lance un sorte de caravane dont la taille nécessite une double voie pour circuler et que ce modèle mi-voiture, mi-maison, séduisent des centaines de milliers de Français qui se ruent sur les axes autoroutiers. C’est un peu ce qui s’est passé d’abord avec l’iPhone et qui s’accélère avec l’iPad. D’autant que ce phénomène de l’internet mobile est amené à se développer rapidement, voire à exploser, que ce soit pour des applications professionnelles que grand public en raison à la fois de la diffusion rapide des terminaux et de l’augmentation des usages. Une tension grandissante apparaît entre les fournisseurs de contenus pour qui la neutralité des réseaux est une évidence et les opérateurs qui, en bons marketeurs, aimeraient segmenter l’offre et vendre des classes à haut débit plus chères. Sans parler des opérateurs qui sont aussi fournisseurs de contenus et qui aimeraient privatiser une partie de leur réseau pour leurs propres contenus.
 
Les opérateurs ont déjà pris des mesures drastiques pour apporter une première réponse. Il y a quelques jours par exemple, le distributeur exclusif aux Etats-Unis de l’iPhone, AT&T, a supprimé les forfaits illimités. En contrepartie, l’opérateur a offert une baisse de tarif : 15 dollars pour 200 Mbit/s et 25 pour 2 Gbit/s. AT&T envoi des SMS d’alertes lorsque les usagers dépassent certains seuils de consommation. Une mesure qui concerne les forfaits liés à l’iPhone et à l’iPad, sachant que ce dernier consommerait dix fois plus de bande passante que l’iPhone. Ces mesures n’ont pas encore été adoptées en France par les opérateurs, Bouygues, SFR et Orange, mais face aux mêmes problèmes, on a du mal à penser qu’ils ne feront pas de même.

Plus d’un Français sur quatre sur l’Internet mobile en 2014
 
Selon la 11e édition de l’étude prospective annuelle du cabinet PricewaterhouseCoopers, intitulée Global Entertainment & Media Outlook 2010-2014, les médias numériques accélèrent leur pénétration avec une croissance de 65% sur la période. Néanmoins, tant que les business model liés au numérique ne seront pas clairement identifiés, les acteurs devront en priorité adapter leur modèle opérationnel à la baisse en partie structurelle des revenus traditionnels. Des mouvements de consolidation pourraient notamment avoir lieu dans certains secteurs.

Après une année de déclin en 2009 (-3%), l’industrie des médias et des loisirs retrouve une croissance positive. L’activité mondiale devrait croître de 5% par an sur la période 2010-2014 pour atteindre 1690 milliards de dollars. À l’origine de cette reprise, le numérique occupe un rôle clé et y contribue à hauteur de 65%.
 
Parmi les secteurs moteurs sur la période 2010-2014, la publicité sur Internet progresse de 11,4% par an, le jeu vidéo de 10,6% par an, l’accès Internet de 9% et la télévision payante de 6,8%. D’autres industries connaissent en revanche une reprise plus difficile. La presse quotidienne  et magazine devrait encore décroître en 2010 avant de retrouver la croissance en 2012.
 
Trois facteurs de développement
 
Trois phénomènes émergents en termes d’usage devraient s’accentuer sur la période 2010 - 2014. Le plus prévisible d’entre eux dont l’ampleur s’annonce particulièrement importante est celui de « la consommation mobile ». En 2014, ce seront 18 millions de Français, qui possèderont un forfait Internet mobile, soit plus d’un Français sur quatre.

Un autre phénomène, la « Web consommation », les utilisateurs consommeront de plus en plus les médias et loisirs dans « un mode Web » en partageant et enrichissant les contenus instantanément sur les réseaux sociaux.

Selon Mathieu Aubusson, «  Alors qu’ils se consommaient jusqu’ici individuellement, la possibilité de commenter et partager un contenu quel que soit l’endroit où l’on se trouve transforme la consommation média en une expérience collective. On assiste à une resocialisation des médias  »

Enfin, la période devrait être également marquée par le développement des offres payantes. Modèle freemium (une partie basique gratuite et une partie plus complète payante), micro-paiement, paywall…, les initiatives émergeront pour tenter de faire payer le consommateur dans le monde numérique.
 
L’évolution vers le numérique constitue une formidable opportunité pour les industries des médias et loisirs mais leur pose de réels problèmes d’adaptation. Elles doivent trouver dans cette révolution de nouvelles formes de business pour dégager des relais de croissance rentables.
 
 “La migration numérique et les changements dans le comportement du consommateur mettent une grande pression sur les modèles existants Le défi pour les entreprises du secteur est de trouver leur place sur la chaine de valeur numérique pour monétiser leurs contenus et services. Pour cela elles devront explorer de nouveaux business models, innover pour lancer de nouvelles offres et faire preuve d’agilité en intégrant le risque d’échec. Des mouvements de consolidation, de partenariat devraient émerger pour partager les risques sur un marché en pleine transformation » indique Matthieu Aubusson, associé PricewaterhouseCoopers.
 
Maintenir la neutralité du Net
 
Le débat fait rage depuis déjà plusieurs années des deux côtés de l’Atlantique. Mais face à des pressions, notamment liées à la saturation des réseaux, le principe de l’égalité d’accès aux réseaux pourrait bien être remis en cause. La secrétaire d’Etat à l’Economie numérique a par exemple déclaré que « certains types de contenus peuvent bénéficier d’un accès prioritaire lors d’une conférence organisé par le Journal les Echos. Pour l’heure, il s’agit de cas très précis qui relève plus de la logique de numéros d’appel de type 112 pour lesquels aucune tolérance limitant l’accès n’est possible. Parmi les cas très spécifiques, Nathalie Kosciusko-Morizet a donné l’exemple de la téléchirurgie et « il n’est pas dit que de tels actes doivent forcément transiter par l’Internet public (…) car sur le réseau  public qu’est Internet les contenus doivent être traités à égalité ». Les résultats de la consultation publique sur ce thème doivent être présentés en fin de semaine.


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