Google devient-il un problème ?

Publié le 23 Juillet 2009

Quand Google défie l'Europe. Avec ce titre un peu provocateur dans un article publié en janvier 2005 dans le quotidien français Le Monde un mois après que Google a passé un accord avec cinq bibliothèques les plus célèbres et les plus riches du monde anglo-saxon, Jean-Noël Jeanneney posait une question de fond. Mais soupçonnait-il déjà que quelques années plus tard le problème se poserait avec une acuité bien plus forte. Car entre temps, Google a poursuivi son développement à marche forcée et est devenu un géant de l'Internet, un géant tout court. Plus le temps passe, et plus Google a les moyens d'ambitions sans limites. Les dernières annonces Google Wave et Chrome OS en constituent les dernières manifestations.

 

 

Si les chiffres n'expliquent pas tout,  ils donnent néanmoins quelques indications permettant de positionner le débat. En 2004, la firme fondée par les deux étudiants de Stanford avait bouclé son exercice fiscal  avec un chiffre d'affaires de 3 milliards de dollars et un bénéfice net de 400 M$. Une entreprise très ambitieuse certes, mais de taille modeste n'ayant encore que des moyens limités. Quatre ans plus tard, Google est devenue une firme pesant près de 22 milliards de dollars de chiffre d'affaires et 6,6 milliards de dollars de bénéfice net.

 

 

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Une comparaison avec Microsoft remet en perspective les évolutions respectives de ces deux entreprises. Après dix ans d'existence, Microsoft avait réalisé un chiffre d'affaires de 140 millions de dollars, Google 21,7 milliards de dollars. Si l'on applique le taux d'inflation moyen de 3% entre 1985 et 2008 (dates respectives des dix ans d'existence des deux entreprises), cela donne un rapport près de 80. Exprimé plus simplement, dix ans après sa création, Google a réalisé un chiffre d'affaires quatre-vingt fois plus important que Microsoft.

 

C'est donc une formidable réussite qu'il convient de saluer comme telle et une des plus belles de l'histoire économique américaine.

 

Si la mission que s'est fixée Google dès sa création et qu'elle répète à l'envi est noble, mais est aussi très inquiétante : « Our mission is to organize the world's information and make it universally accessible and useful ». Et c'est là où la comparaison avec Microsoft est intéressante. La firme de Bill Gates possède un monopole de fait sur le poste de travail, ce qui pose sans doute un problème, mais a des implications qui ne se situent qu'au plan économique et sont malgré tout relativement limitées. Même si les question soulevées à différentes reprises n'ont pas manqué de déchainer des prises de positions particulièrement tranchées. La décision de l'ISO de promouvoir le format de document bureautique OOXML au rang de norme et qui avait déclenché l'ire des tenants de l'Open Source en constitue un bon exemple.

 

Mais la question posée avec Google est d'une tout autre dimension et paradoxalement attire moins l'attention. Google est en train de se constituer un monopole sur un élément bien plus stratégique : « l'accès à l'information » . L'on comprend immédiatement les problèmes que cela pose déjà et qui ne manqueront pas, avec le succès éclatant de l'entreprise, de s'accentuer.

 

Des précédents historiques

 

Après IBM, AT&T, Microsoft ou Intel, c'est donc au tour de Google d'être placée sous observation par l'administration américaine. Parmi les nombreuses affaires juridiques en cours (Google's List of Class-Action Lawsuits), l'une des plus controversées concerne l'accord passé entre le géant de l'Internet d'un côté et l'Authors Guild et l'Association of American Publishers au terme duquel Google avait accepté de verser 125 M$ en échange de la possibilité de donner accès sur Internet aux ouvrages sortis des droits d'auteur, ceux en cours d'impression, mais aussi aux ouvrages qui ne sont plus disponibles en format papier mais toujours couverts par les droits d'auteurs (même si cela n'est pas explicité dans les ouvrages).

 

C'est d'ailleurs un des principes qu'applique en général Google : tout est permis sauf ce qui explicitement interdit ou exprimé d'une autre manière la stratégie du fait accompli. L'exemple des Google News l'illustre assez bien. La plupart des groupes de presse sont demandeurs pour être présents dans ce fil d'actualité car cela dope les taux de lecture. En l'espèce, Google met en scène des contenus fabriqués par des groupe de presse et génère du trafic. « Les rédactions (...) livrent le fruit de leur travail contre leur gré et sans contrepartie », considère Christian Stöcker dans un article intitulé Google News, l'exploiteur d'informations publié par le magazine allemand Der Spiegel. Dans ces conditions, qui est gagnant à terme : Google ou des groupes de presse ? La réponse n'est pas assurée. « Les rédactions alimentent l'algorithme qui leur volera des lecteurs et des revenus publicitaires, et n'ont aucun moyen de s'y opposer », conclut Christian Stöcker.

 

On pourrait même établir un parallèle entre la loi Hadopi (three strikes and you're out) qui vient d'être partiellement votée pour sanctionner le téléchargement illégal et Google News qui correspond à une sorte de téléchargement sur sa plate-forme de contenus réalisés par d'autres.

 

L'administration américaine entre en scène

 

Le ministère de la Justice  (DoJ) a envoyé une demande formelle d'informations à Google et aux éditeurs ayant signé l'accord sur la publication des livres en ligne. Baptisée CID (Civil Investigative Demands), cette initiative est un signe que le DoJ veut lancer une investigation sur cette question et, le cas échéant, forcer les partenaires à signer un nouvel accord. David Young, CEO d'Hachette Book Group a confirmé à la presse avoir reçu un tel document tout en refusant de donner quelques détails que ce soit. Un dirigeant d'un éditeur New York aurait pour sa part indiqué que le DoJ recherchait des informations sur la tarification, la stratégie numérique et les échanges entre Google et le monde de l'édition.

 

 

D'où viennent les revenus de Google ?

 

Il faut donc rappeler d'où Google tire ses revenus. Après avoir mis au point leur petite merveille connue sous l'appellation Page Rank, Sergey Brin et Larry Page essayèrent de « vendre » leur technologie avec l'approche d'un éditeur de logiciel, c'est-à-dire la licence. Mais cette approche ne déboucha sur rien. C'est alors qu'ils eurent l'idée à laquelle d'autres avaient également aboutis - GoTo.com par exemple - de vendre non pas le produit lui-même, mais un dérivé lié à la recherche sur Internet : de la publicité liée au contexte de recherche de l'internaute sous la forme de mots-clés. La formule magique est trouvée et Google n'aura de cesse d'exploiter le filon... Tout nouveau service n'est perçu que comme un moyen de créer du trafic qu'elle pourra ensuite valoriser. Si Google était passé à côté de cette idée simple, mais géniale, il ne serait peut-être qu'un éditeur de logiciel parmi d'autres.

 

Sur l'exercice 2008, 97% des revenus de Google provient de la publicité, réparti en 68 % des sites Google et 32% de ses partenaires (contre 99% en 2006 et 2007). Car aujourd'hui, Google a une stratégie de développement sur le marché en entreprise et vend des appliances et des abonnements à des applications de travail collaboratif. Google indique qu'il ne possède que 3% du marché publicitaire, mais sa part du marché publicitaire sur Internet est de 30%.

 

Quel type de monopole ?

 

Dans un article intitulé « What an antitrust Case Against Google Might Look Like », Eric Clemons, professeur à la fameuse Wharton School rattache le cas de Google à la catégorie des situations de monopoles dans la distribution électronique et établit un parallèle avec les systèmes de CRS (Computerized Reservations Systems) dans les années 80. A cette époque, deux systèmes se partagent le marché des réservations : Sabre d'American Airlines et Apollo d'United Airlines. A eux deux, ils possédaient 70 % du marché des réservations (80% des réservations étaient faites via les agences de voyages). Au-delà de l'importance des revenus générés par cette activité (Pendant un temps, American et United gagnaient plus d'argent en assurant les réservations pour les autres compagnies que de leurs propres opérations. Ces deux compagnies avaient acquis ce que l'on peut appeler une position dominante sur le marché aérien. Pour preuve, lorsqu'elle a été retirée du CRS de United, la compagnie Frontier a été contrainte de se placer sous la protection du chapitre 11 des lois sur les faillites. De même, Après avoir été écarté du CRS d'American, la Braniff a tout simplement fait faillite. 

 

Competition is one click away

 

Face à ce regain d'activité de l'administration américaine pour instruire ce dossier, Google a lancé une « Charm Offensive » pour reprendre l'expression de Consumer Watchdog. Ce groupe de défense des consommateurs a repris une présentation utilisée par Google au titre évocateur « Competition and Openess ». Un des arguments forts ressassé par Google est que la compétition de son moteur de recherche est juste « one click away ». Car contrairement à de nombreux marchés, Google ne « verrouille » pas les internautes qui sont en quelque sorte des « victimes » consentantes. Selon la firme de Mountain View, Il suffirait donc qu'un éditeur développe une nouvelle technologie pour qu'elle s'impose. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à Altavista, Lycos et d'autres. 

 

"Search sould be transparent, open and participatory... Internet search is plagued by the same problems that bedeviled software - lack of accountability, transparency, freedom

Skyscraper-ad
OKI

Jimmy  Wales

 

D'un côté, Google est un magnifique outil avec de nombreux dérivés issus de l'imagination des ingénieurs talentueux de l'entreprise, mais de l'autre, c'est une véritable boite noire : No mention of non-transparent ad auction system, monopoly power company that participate in Keyword auctions, profiling of private user data...Selon Google, les annonceurs publicitaires payent ce que vaut le click, mais en fait, comme ils n'ont aucun moyen de contrôler quoi que ce soit, ils payent tout simplement ce que Google leur facture. De même, les sites qui placent des publicités Google n'ont aucun moyen de contrôler le nombre de clics et reçoivent une rémunération sans aucune possibilité de contrôle.

 

Par Guy Hervier

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Les commentaires

Guy,

ton analyse est tout à fait pertinente.? Espérons que Bing (Yahoo + Microsoft), ou un autre, constitue une alternative viable à Google. Le monde IT (avec toute la force, et l'intérêt, de ses "effets réseaux" - Winner takes all) a besoin d'alternative et de compétition!

Par Alain Risbourg le 04/08/2009 à 10:37

Google a les dents moins longues , on le sait mais la formidable reussite de microsoft ressemble a une duperie c'est en vendant des produits plus ou moins fiables que ce succés a été obtenu.
La situation fait que aujourd'hui des produits open source bien meilleurs peinent a conquerir des utilisateur , ça c'est tout sauf un progrés ...

Par Escroquerie le 23/07/2009 à 12:54

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