L'impact de la 4G sur les infrastructures d'opérateurs :
vu par l'opérateur Bouygues Telecom et l'opérateur du point d'échange France-IX

Publié le 15 Novembre 2012
Le point d’échange France-IX regroupe aujourd’hui plus de 170 acteurs de monde des réseaux télécoms dont de nombreux opérateurs français et étrangers. Ces membres connectés à l’infrastructure mutualisée
et neutre, échangent du trafic internet, activité également connue sous le terme anglais « peering ». Parmi ces acteurs, Bouygues Telecom, qui fait partie du conseil d’administration du point d’échange, est actuellement connecté au travers de 4 ports 10Gbit/s.
La commercialisation des offres 4G en 2013 aura-t-elle un impact sur le point d’échange français ? Quelles conditions sont réunies pour en assurer le succès ? A quels challenges devront faire face chacun des deux réseaux ? Franck Simon, directeur général de France-IX et Jean-Paul Arzel, directeur réseau de Bouygues Telecom, livrent leurs réponses.

- Quel(s) changement(s) a-t-il fallu mettre en place dans le réseau Bouygues Telecom pour rendre la 4G possible ?
Jean-Paul Arzel
: Installer la 4G nécessite pour un opérateur l’acquisition d’un nouveau cœur de réseau (appelé EPC, Evolved Packet Core) pour la gestion des flux data et le déploiement massif d’antennes (eNode B) dédiées à la 4G. C’est un réseau mobile à part entière. En complément de ce colossal travail de conception et de déploiement, ce nouveau réseau doit être capable d’interagir avec les réseaux 2G et 3G existants, ce qui impose de nombreuses contraintes techniques supplémentaires.

- Pourquoi l’Europe est-elle en retard sur la mise en place LTE en comparaison des Etats-Unis, de l’Asie et du Moyen-Orient ?
JPA
: Il faut bien garder à l’esprit que le LTE constitue un investissement gigantesque pour chaque opérateur. L’Asie a une forte appétence à l’usage et aux services mobiles, c’était déjà le cas sur la 3G. Ils ont cette certitude « d’assurance financière » que le public va suivre le rythme des innovations technologiques, ce qui leur donnera la capacité d’investir dans la technologie suivante. La démocratisation des usages illimités en Europe, et particulièrement en France, ne permet pas de s’inscrire dans cette dynamique. Le benchmark US/Asie est indispensable pour comprendre les apports d’une nouvelle technologie avant d’y investir.
D’autre part, les organismes de régulation affiliés à l’Etat contribuent à donner le tempo du déploiement des grandes technologies 2G, 3G, LTE via l’attribution des fréquences.

- Où, quand et comment Bouygues Telecoms a-t-il prévu de lancer la 4G ?
JPA :
Bouygues Telecom a lancé en juin 2012 à Lyon une expérimentation 4G auprès de 400 clients. Nous avons prévu de lancer plus globalement le service durant la première moitié de l’année 2013.

- Le manque de compatibilité actuel sur les Iphones 5 et autres smartphones représentent-ils un frein ?
JPA :
Il existe d’ores et déjà un grand nombre de smartphones ou de devices compatibles avec les bandes européennes 4G. La disponibilité de ces équipements n’est donc pas un frein au déploiement de la 4G.

- On parle d'explosion de l'usage des smartphones et tablettes. Quel est l'impact actuel de la 3G sur un point d'échange comme France-IX ? Quelles perspectives d'évolution de trafic avec la 4G?
Franck Simon :
A l’heure actuelle, Bouygues Telecom est le seul opérateur 3G présent sur notre point d’échange. Cela est dû aux politiques restrictives de peering adoptées par les autres opérateurs depuis plusieurs années.
Bouygues Telecom a souscrit à 40 Gbit/s sur notre infrastructure et y envoie à la fois ses flux de données mais aussi ses flux 3G lesquels représentent environ 5% du trafic global de l’opérateur. Avec la venue de la technologie 4G, qui démultiplie les capacités proposées aux mobinautes, on peut s’attendre à ce que ce pourcentage augmente rapidement et que cela soit visible de façon distincte sur les statistiques globales du point d’échange.

- Y a-t-il des conséquences sur le réseau même de France-IX ?
FS :
L’infrastructure France-IX mise en place se base sur l’utilisation de fibres noires et de la technologie DWDM (multiplexage de longueurs d’onde) nous permettant de faire évoluer la capacité fortement et de façon très réactive.
En effet, l’infrastructure est maillée de telle sorte que les acteurs présents peuvent utiliser la capacité maximale de leur port d’interconnexion à tout moment et potentiellement tous en même temps. Plutôt que de se baser sur une matrice de flux déterministe afin d’optimiser au plus juste la capacité des liens entre nos sites, nous avons opté pour un principe d’ « overprovisioning » massif, c’est-à-dire que nous sommes en mesure de fournir sur chaque tronçon de l’infrastructure 10 fois la capacité moyenne utilisée actuellement.
Dès lors, nous pouvons tout à fait répondre à une hausse subite du trafic d’un de nos membres, y compris pour Bouygues Telecom qui possède pourtant l’un des plus importants trafics sur le point d’interconnexion. En outre, cette augmentation de capacité sur notre infrastructure peut se réaliser dans un délai inférieur à 48H.

- Pensez-vous également que le trafic IPv6 augmentera avec l’avènement du LTE ?
FS :
Aujourd’hui, l’IPv6 se trouve disponible sur la majorité des box classiques ADSL et non sur celles qui proposent un raccordement optique. La mise à niveau en IPv6 de ces boxes peut laisser présager effectivement un accroissement des flux IPv6 mais lequel restera limité tant que les nouvelles box en fibre optique n’ont pas intégré cette mise à niveau.

- Selon vous, quel est l’élément essentiel pour que les opérateurs réussissent le lancement de la 4G?
FS :
Je suis convaincu que le ou les premiers opérateurs à offrir la 4G vont attirer, dans un premier temps, une clientèle très férue de nouvelles technologies et avide de nouveaux usages et applications consommatrices de bande passante.
On peut faire le parallèle avec ce qui s’est produit entre les box classiques et les box optiques. On a pu remarquer que le profil des utilisateurs de ces box respectives n’est pas forcément le même ou du moins, l’usage fait de l’accès internet n’est pas forcément le même. Sur les accès optiques, on sera plus orienté sur les applications interactives et d’usage à la demande (VOD, flux TV HD etc…).
Néanmoins, la 4G n’a réellement de valeur que si les opérateurs qui déploient ce type d’infrastructure l’ont adapté afin que le débit maximal théorique de cette technologie soit disponible à l’utilisateur à tout moment de la journée. Il me semble primordial que l’infrastructure soit prête à ce niveau dès le lancement et qu’elle évolue au fil de l’eau.
Si ces conditions sont remplies, je pense que les clients resteront fidèles à ce ou ces opérateurs. A l’inverse sans cette capacité à évoluer, les utilisateurs étant plus en plus exigeants, ils seront susceptibles de résilier le service et partir à la concurrence.
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