Les jeunes livrés à eux-mêmes face aux dangers d’Internet ?

Publié le 17 Décembre 2010
Les jeunes de 11 à 17 ans utilisent de plus en plus les nouvelles technologies et les nouveaux médias mais ne sont pas toujours parés ni informés face aux dangers auxquels ceux-ci peuvent les exposer. Ils sont par ailleurs peu encadrés par leurs parents, qui maîtrisent souvent mal ces nouveautés. C’est ce que révèle le quatrième baromètre « Enfants et Internet » 2009-2010 réalisé par Calysto, agence de conseil et d’accompagnement pour les populations laissées en marge de l'Internet, et La Voix de l’Enfant, association de défense et de protection des enfants. Cette étude aborde un grand nombre de sujets liés aux nouvelles technologies tels qu’Internet, ses dangers et la surveillance parentale, les réseaux sociaux et le téléchargement illégal, mais aussi les jeux vidéo, le mobile et les messageries instantanées.


Internet : des jeunes équipés et connectés mais peu encadrés

Le baromètre montre que les foyers comprenant des jeunes de 11 à 17 ans sont bien équipés en matière de connexion à Internet, autour de 90% de cette population en disposant à son domicile. En revanche, peu de foyers possèdent un système de contrôle parental installé sur l’ordinateur familial, autour de 20% seulement. Pour ce qui est des activités sur la toile, on constate que les jeunes communiquent peu avec leurs parents : seuls 30% environ le font. Sans surprise, les conséquences sont là : en moyenne, plus de 87% des adolescents interrogés sont tombés sur des contenus choquants et, là encore, la communication n’a pas été au rendez-vous puisque seuls près de 8% d’entre eux en ont parlé avec un adulte. En matière d’information et de surveillance, les parents semblent donc faire défaut, ce qui semble peu surprenant si l’on considère leur propre incompétence : une bonne moitié d’entre eux, en effet, ne semble pas elle-même maîtriser les nouvelles technologies, puisque plus de 50% des 11-17 ans disent avoir déjà montré à leurs parents comment utiliser Internet.

Cette lacune de la part des parents n’empêche toutefois pas leur progéniture de prévoir de se montrer, elle, plus attentive à ce que feront ses propres rejetons sur le net. En moyenne, plus de 20% des 11-17 ans pensent en effet « [aller] plus souvent avec [leurs] enfants sur Internet » et les « surveiller plus » pour plus de 42% d’entre eux. Etant donné que la tranche des 11-13 ans est la plus équipée en logiciels de contrôle parental, il semble logique que ce soit cette tranche d'âge qui envisage le plus d’en installer un pour protéger ses futurs enfants : 47% des 11-13 ans le prévoient en effet, contre 40% des 13-15 ans et 36% des 15-17 ans. On peut par ailleurs noter une disparité plus importante entre les comportements projetés des 11-13 ans et ceux de leurs aînés concernant la surveillance des photos et vidéos publiées par leurs enfants, 34% des 11-13 ans pensant exercer cette surveillance, contre 28% des 13-15 ans et 17% des 15-17 ans.


Facebook : les plus jeunes sont les moins actifs mais aussi les moins prudents

On retrouve ce problème d’activité mal encadrée pour ce qui est du principal réseau social, Facebook, dont le nombre de jeunes utilisateurs a monté en flèche depuis un an, passant de 35% d’inscrits parmi les 11-15 ans en 2008-2009 à 65% d’inscrits parmi cette même population en 2009-2010, le taux de détenteurs d’un profil sur ce réseau étant par ailleurs de 75% à la fois pour les 13-15 ans et les 15-17 ans. L’étude montre que si, d’une manière générale, c’est la tranche la plus âgée qui est la plus active (publication de photos ou vidéos sur son profil, création de groupes et de pages, utilisation depuis un mobile), c’est la tranche la plus jeune qui est la plus exposée au risque de viol des données personnelles, 87% des 11-13 ans ne protégeant aucune de leurs informations personnelles sur le réseau (contre 67% des 13-15 ans et 58% des 15-17 ans) à l’aide de paramètres de confidentialité, dont seuls 20% connaissent d’ailleurs l’existence (contre 47% contre les 13-15 ans et 54% chez les 15-17 ans). Les 11-13 ans s’exposent également à des risques en acceptant, pour 26%, systématiquement de nouveaux amis, contre 18% des 13-15 ans et 12% des 15-17 ans. Facebook étant en théorie interdit aux moins de 13 ans, on peut se demander, à l’instar du président de la CNIL Alex Türk, s’il est normal qu'une société américaine en Europe ne se soumette pas aux lois européennes.


Droit à l’oubli : les jeunes plus bourreaux que victimes ?

Si, dans l'ensemble, ils ne surveillent pas bien leurs informations, c’est que les 11-17 ans se sentent globalement peu concernés par le respect de la vie privée sur Internet, et donc par la question de l’oubli numérique. Si 39% des 15-17 ans ont en effet déjà vu des informations de type photos, vidéos et adresse e-mail les concernant diffusées sur Internet par un tiers, ils reconnaissent aussi, à 49%, avoir déjà diffusé le même type d’informations relatives à un autre internaute sans son autorisation. Cependant, cette question ne semble pas beaucoup préoccuper la tranche la plus âgée, seuls 21% des individus de cette population ayant déjà demandé le retrait d’informations de ce type les concernant et publiées par un autre internaute. On note que, pour leur part, les plus jeunes sont moins concernés par ces actions, aussi bien en tant qu'acteurs que victimes de la diffusion.


Téléchargement illégal : une activité débordante difficilement canalisée par les nouvelles lois ?

L’enquête de Calysto/La Voix de l’Enfant a été réalisée du 10 mai au 17 juin 2010, soit avant les premiers envois de courriels de la Hadopi et le lancement de la Carte Musique Jeune. L’étude ne permet ainsi pas de savoir ce qu’il en est de ces comportements à l’heure actuelle. On constate néanmoins une activité importante sur le plan du téléchargement illégal de films et séries TV, 51% des 13-15 ans s’y adonnant régulièrement alors qu’ils n’étaient que 21% l’an passé, contre 63% des 15-17 ans et 37% des 11-13 ans cette année. Pour la musique, les chiffres sont plus élevés encore, avec 75% des 15-17 ans concernés, contre 69% des 13-15 ans et 48% des 11-13 ans. Comme on peut s’y attendre, cette activité de téléchargement forcenée n’est pas sans conséquences, 55% de la tranche la plus âgée et la plus active étant tombée sur des contenus choquants (pornographie, violence...) en téléchargeant, contre 32% des 13-15 ans et 17% des 11-13 ans. Encore une fois, les parents semblent peu présents pour encadrer leurs enfants dans cette pratique. Loin de chercher à la limiter, certains apparaissent même comme à l’origine de téléchargements illégaux, 27% des 15-17 ans déclarant télécharger à la demande de leurs parents, contre 26% des 13-15 ans et 17% des 11-13 ans.

Pour ce qui est du téléphone mobile, la plupart (91%) des 15-17 ans en sont équipés mais seuls 33% d’entre eux s’en servent pour surfer sur Internet, ce qui explique peut-être que seuls 3 à 4% des 11-17 ans soient munis de la fonction de contrôle parental, activée, sur leur mobile. Si une grande partie (79%) de cette tranche plus âgée et active est victime de harcèlement par spits ou vishing sur ce terminal, 29% « seulement » y a déjà répondu. Le téléphone portable semble davantage utilisé en tant que moyen de concevoir, envoyer et diffuser des vidéos (pour 85% des 15-17 ans). Il est par ailleurs notable que 26% des 11-17 ans, en moyenne, dorment avec leur appareil sous leur oreiller, sans penser, semble-t-il, aux risques que peut entraîner une telle exposition au niveau cérébral.

Sur le plan des jeux vidéo, les jeunes jouent toujours beaucoup, tous les jours pour nombre d'entre eux, et notamment (mais pas en majorité) à des jeux en ligne. Un peu moins de la moitié joue par ailleurs régulièrement à des jeux déconseillés aux moins de 18 ans, et autour de 35% des 11-17 ans sont déjà entrés en contact avec des inconnus en jouant en ligne.

Enfin, les messageries instantanées sont toujours utilisées, en majorité par les plus jeunes, 37% des 11-13 ans passant plus de 2 heures par jour sur MSN. On constate néanmoins que c’est la tranche des 13-15 ans qui est la plus audacieuse dans ce domaine, notamment en acceptant plus facilement les nouveaux contacts et, pour 65%, en « allum[ant] systématiquement sa webcam pour discuter ». 37% de cette tranche d'âge discute en outre régulièrement avec des inconnus sur ce support et la même proportion a été confrontée à des images choquantes dans ce cadre. 


Le quatrième baromètre « Enfants et Internet » a été réalisé par Calysto dans le cadre de l'opération nationale de sensibilisation « Un clic, déclic, le Tour de France des Etablissements Scolaires » avec le soutien de La Voix de l’Enfant. Cette enquête a été menée en « face à face » au sein des établissements scolaires visités. Elle a été réalisée auprès d’un échantillon de 35 000 enfants âgés de 11 à 17 ans rencontrés entre le 10 mai et le 17 juin 2010.

Accéder à l'étude complète.


Crédit photo : Quatrième baromètre « Enfants et Internet » - Calysto - La Voix de l'Enfant.
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