La quatrième ère informatique
Par Steve Brown, futurologue des TIC chez Intel
Le paysage informatique va subir un changement radical. Ce ne sera pas un Big Bang, plutôt une combustion lente. Mais les signes sont déjà là, partout, par exemple toutes les choses « magiques » que permettent les téléphones mobiles. Steve Brown, futurologue des TIC chez Intel, explique à quoi ressemblera cet univers nouveau et ce que l'on peut en attendre.
Quel cadeau offrir à quelqu'un qui a tout ? Un voyage à Dharamsala, dans l'Himalaya, résidence du Dalaï-lama, quelque chose d'un peu moins mystique comme le coffret DVD d'une série américaine ou encore un grille-pain relié à l'Internet ? Le grille-pain a la vertu de l'originalité. C'est probablement le seul appareil de l'univers connu qui soit capable d'imprimer des bulletins météorologiques, des plans et même les manchettes des journaux sur vos toasts.
Il est peut-être bizarre - mais simple puisqu'il se connecte sur le port USB d'un ordinateur -, pourtant cet équipement TIC excentrique annonce aussi le début d'une révolution dans l'usage de l'ordinateur : des appareils qui puisent dans des ressources TIC invisibles et qui accomplissent des choses dont nous n'avions même pas rêvé.
Paul Otellini, P.d.g. d'Intel, a récemment baptisé cette tendance le « continuum informatique », parce qu'elle ne marque pas seulement l'avènement de ce que l'on appelle la « quatrième ère informatique », mais aussi l'avenir de l'interaction des TIC avec le monde qui nous entoure. La première ère informatique se caractérisait par des ordinateurs de la taille de la pièce qui les abritait et que seuls des experts pouvaient faire fonctionner, la deuxième ère a marqué la démocratisation de l'ordinateur par le biais des PC de bureau, PC portables et serveurs et la troisième se définit par l'ubiquité des téléphones mobiles et des appareils informatiques intelligents, dotés de puissantes capacités de traitement. A certains égards, nous nous trouvons dans une période qui chevauche la deuxième et la troisième ère, mais nous nous dirigeons aussi peu à peu vers la quatrième, où l'Internet et ses ressources quasi illimitées investissent tous les appareils que nous utilisons.
Dans cinq ans, des terminaux informatiques de toutes sortes, qui n'ont pas même encore été conçus, exploiteront des applications encore embryonnaires aujourd'hui et qui, à leur tour, accéderont à des ressources TIC massives pour proposer des services qui ne sont pas encore nés. Tout cela peut sembler nébuleux et vague, mais, comme les éclaireurs d'une armée qui s'avancent, les signes de cette inéluctable nouvelle vague informatique sont déjà là.
Abracadabra
Prenons l'application Shazam, dont le nom est un mot signifiant à la fois « abracadabra » et « illico presto ». Si vous écoutez un morceau de musique, peut-être à la radio, dans une boutique ou même aux abords d'une voiture qui le diffuse, et que vous ne l'avez jamais entendu mais qu'il vous séduit, il vous suffit de tendre votre téléphone vers l'origine du son pour que Shazam puisse l'écouter. En quelques secondes, cette application vous dit qui est l'artiste, le titre du morceau et vous permet même de l'acheter.
Cela ressemble à de la magie et vous vous demandez à juste titre comment votre téléphone parvient à faire une chose pareille. En fait, votre téléphone ne fait rien d'autre que gérer l'application. Ce qui se passe réellement, c'est que la forme d'onde du morceau (sa « signature numérique ») est capturée, puis transmise, via la connexion sans fil de votre téléphone, vers un serveur qui abrite une base de données regroupant un nombre gigantesque de formes d'onde, c'est-à-dire de morceaux. Il est ensuite analysé, comparé aux formes d'onde de la base et le résultat vous est envoyé sur votre téléphone en quelques secondes.
Votre humble téléphone se connecte ainsi en coulisses à une énorme puissance de traitement que l'on associe plutôt aux missions spatiales de la NASA, aux prévisions de changement climatique ou à la résolution d'algorithmes éminemment complexes. C'est cette combinaison de connectivité sans fil ultrarapide (la 3G) et l'accès à des ressources de traitement informatiques massives qui alimentent le feu animant cette révolution de l'informatique.
La taille d'un virus
Ces progrès peuvent paraître radicaux, mais ils procèdent en réalité d'une évolution naturelle des TIC. Par exemple, quel chemin parcouru depuis l'ENIAC, le tout premier supercalculateur, surnommé « cerveau géant » par la presse en 1946. C'était bien le cas à l'époque, mais, avec son poids d'environ trente tonnes, ses 17 000 tubes à vide et ses cinq millions de soudures à la main, c'était un véritable monstre comparé à la réalité d'aujourd'hui. Et autant oublier toute de suite de le caser dans la poche : ce dinosaure occupait 63 m² d'espace uniquement pour faire clignoter ses tubes à vide.

Depuis ces débuts, l'engagement d'Intel a matérialiser la loi de Moore - énormes augmentations dans la puissance de traitement (mesurée en millions d'instructions par seconde) grâce à une multiplication du nombre de transistors - a conduit à de gigantesques bonds dans les capacités informatiques et à des appareils toujours plus petits. La nouvelle génération des processeurs Intel® CoreTM, par exemple, est fabriquée à l'aide d'une technique de gravure en 32 nanomètres. Pour mettre ce chiffre en perspective, il faut savoir qu'un nanomètre est la milliardième partie du mètre et que cette unité sert en général à mesurer les atomes et les molécules. Pour dire les choses autrement, l'épaisseur d'un cheveu est d'environ cent mille nanomètres. Moins ragoûtant mais tout aussi évocateur, un virus mesure en général environ mille nanomètres.
Rapidité rime avec intelligence
Cette miniaturisation massive, qui ne fait d'ailleurs que se poursuivre, associée à de monstrueuses augmentations de la puissance de traitement et à la chute des prix signifie que les capacités d'un supercalculateur ne sont plus l'apanage d'obscures agences d'espionnage ni de la communauté scientifique. Aujourd'hui, ces capacités sont largement plus communes et répandues, d'où, précisément, des applications comme Shazam. On peut aussi lui ajouter par exemple Google Maps et Rhapsody, service de musique en ligne qui vous permet d'écouter ce que bon vous semble, où que vous soyez et sans payer chaque morceau. Ces deux applications puisent en fait dans des ressources dignes de supercalculateurs. Et c'est là l'avenir des TIC, un avenir ou une vitesse foudroyante rime ave une puissante intelligence, avec une amélioration permanente de la connectivité.
Les premiers appareils où ce mouvement se manifestera à grande échelle sont sans les produits bruns comme les téléviseurs, les décodeurs, les lecteurs de DVD Blu-ray et les systèmes d'infoloisirs embarqués à bord des véhicules. On pourra ainsi relier son téléphone mobile à l'ordinateur de bord de sa voiture pour écouter une station de radio Internet, présélectionnée sur le téléphone. Il s'agit là d'une application simple, mais qui illustre bien ce qui nous attend. Et pensez qu'il existe aujourd'hui plus de dix mille de ces stations !
Un supercalculateur dans la poche
Il y aura aussi tout une série d'appareils d'informatique embarquée, dans tous les lieux du quotidien : hôtels, banques, avions, etc. A la réservation d'une chambre d'hôtel, on pourra ainsi sans doute prédéterminer la température sur son terminal portable, même à mille kilomètres de là, vérifier que le téléviseur de la chambre pourra diffuser un grand film dont on a raté la moitié chez soi et commander un room service pour que l'encas vous attende à votre arrivée.
Cette sorte de services ne relève pas de la science-fiction et il est facile de comprendre leur intérêt commercial pour les clients et les prestataires. En complément, il y aura aussi certainement toute une vague d'applications de niche ciblant différentes catégories de gens. Si vous projetez une visite de l'altiplano péruvien ou de Dharamsala, il y aura probablement des applications qui pourront vous apprendre tout ce qu'il y a à savoir, et probablement plus, y compris les jurons tibétains courants.
Grand-père râleur, adolescent rebelle ou étudiant flegmatique, il y aura certainement une application prévue spécialement pour eux. Les développeurs, malgré les stéréotypes qui en font des geeks décalés, incapables de vous regarder dans les yeux quand ils vous parlent, sont en fait très créatifs et les individus qui dirigent les entreprises de développement sont des hommes et femmes d'affaires qui souhaitent s'enrichir en vous vendant autant d'applications que possible. Inévitablement, leurs efforts sont axés sur les appareils les plus courants et c'est la raison pour laquelle le PC a rencontré un tel succès depuis si longtemps, que des dizaines de milliers d'applications ont été écrites pour lui et que largement plus d'un milliard de PC se sont vendus à cause de ces applications. Or il existe des millions de développeurs de par le monde et que dès que l'appareil apparaît, les applications suivent.
Peut-être dans cinq ans à peine, la quatrième ère informatique se sera concrétisée, au travers de services personnalisés qui ne délivreront que ce dont on a besoin, sous la forme et au moment choisis. Nous ne subirons pas un déluge d'informations inutiles pour nous, car des appareils intelligents choisiront ce qu'il nous faut, sur la base de nos préférences déclarées. Nous disposerons peut-être même d'un grille-pain qui imprimera sur un toast l'image d'un soleil radieux ou des nuages, mais qui s'adressera aussi à nous d'une voix claire pour nous informer des conditions météo.
De quoi n'avons nous pas déjà rêvé ?
La science fiction n'est elle pas "de la fantasy avec des boulons" ! Sauf que la magie, comme chacun sait, n'en fait parfois qu'a sa tête et donne des résultats innatendus, tandis que la technologie... enfin bon.
A l'instar de la magie un usage inconsidéré de la technologie met en péril l'équilibre du monde, énergie, matières premières, pollution, réchauffement...
L'être humain n'a jamais eu besoins d'essayer la technologie pour envisager ses conséquences, pensez à Faust embobiné par méphisto, au mythe de frankeinstein, à celui de l'apprenti sorcier, à l'Hubris des grecs anciens : "Les dieux favorisent ceux dont ils veulent la perte", à bon entendeur salut !
En tant que technicien je ne peut qu'être révolté par ces visions pseudo magiques et irresponsables, qui n'ont rien à voir avec un progrès quelconque. On ne parle plus de technique au service de l'homme, ce qu'on nous propose ici c'est l'homme au service de la production suicidaire de biens inutiles destinés à cacher la misère et l'injustice qui nous entourent.
que ne disait on de l'an 2000 dans les années cinquante: machines inusables, voitures volantes, société de loisirs, disparition de la famine et de la misère... Grâce à la technologie tout paraissait possible ! Après cinquante ans d'expérimentation que reste t'il de ce grand rêve humaniste ? Un grille pain qui imprime les toasts ! Sans doute aurait il pu les beurrer mais c'est un peu trivial... on est sûr d'avoir des masses d'informations disponibles mais restera t'il du beurre, du vrai !
Je t'ai reconnu méphisto !
Par jack le 29/01/2010 à 12:13
Chez Forrester nous appelons cette nouvelle ère "Smart Computing". Elle associe "Smart devices" (le grille pain intelligent) "Smart Networks" (le réseau qui offre lui même des services) et "Smart applications".
Toutes les technologies ne sont pas encore là mais c'est vrai que ce sera plus une évolution qu'une révolution car beaucoup des technologies sont déjà là. C'est l'assemblage qui rendra de nouveaux services aussi aux entreprises.
D'autres l'appellent "l'internet des objets" qui semble surtout tourné vers l'utilisateur final mais elle permettra aux enterprises de résoudre des problèmes et offir des services qu'elle était incapable de résoudre avant à savoir : offrir un bilan intégrant de nouvelles valeurs sociétales, environnementales, individuelles.
Bref nous nous préparons une prochaine décennie tout aussi passionante que les précédentes.
Par Henry Peyret le 22/01/2010 à 09:57
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